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USA: Aux Etats-Unis, les personnes transgenres entre nouveaux droits et discriminations

30.05.2016 - lun. : 15'42 - International

Washington (AFP) - En huit ans passés à accompagner, comme psychothérapeute, des personnes transgenres, Thomas Coughlin a vu leur nombre exploser à Washington. Nouvelle couverture publique de santé et témoignages de célébrités ont ouvert des portes longtemps fermées. Qu'il a lui même franchies il y a 16 ans.


         
               Mais l'actuel virulent débat autour de l'accès aux toilettes publiques a fait ressurgir aux Etats-Unis les craintes chez les personnes transgenres, qui se sentent une identité distincte à celle associée à leur sexe à la naissance.
               "J'avais la trentaine quand j'ai fait ma transition", se souvient Thomas Coughlin, 53 ans, assis dans le centre médical Whitman-Walker Health, qui compte au coeur de Washington un département dédié aux soins des personnes transgenres.
               Expression désignant le passage à son identité masculine, la "transition" de Thomas Coughlin a été facilitée par son indépendance financière et son âge. "Mes parents ont bien sûr eu des questions et des inquiétudes mais au final ils m'ont soutenu".
               Lunettes fines, petite barbe et souriant, il est marié depuis deux ans avec une femme, professeure de français.
               A son époque, peu d'informations circulaient dans les médias. Le bouche-à-oreille lui permet de trouver des groupes de soutien... puis une nouvelle profession.
               C'est en effet en rencontrant dans ces groupes "des gens qui n'avaient pas les mêmes privilèges que moi en tant qu'homme blanc, instruit, sachant à quels services m'adresser que j'ai pensé que je pouvais les aider à trouver leur chemin", dit-il.
               
               
               Ancien professionnel de l'audiovisuel, ce New-yorkais d'origine a repris les études pour devenir thérapeute au centre Whitman-Walker Health, une ONG spécialisée dans l'accueil de la communauté LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres).
               Difficile d'estimer le nombre de personnes transgenres aux Etats-Unis et dans le monde, par manque de données et à cause du secret pesant encore sur beaucoup. Mais Thomas Coughlin a en tout cas constaté une augmentation spectaculaire du nombre de patients transgenres au Whitman-Walker Health: de 200 en 2008, il sont passés à quelque 1.200 cette année.
               Un bond qui s'explique en partie par un changement radical intervenu dans le système de couverture maladie à Washington: depuis 2014, les opérations de changement de sexe et traitements hormonaux pour les personnes transgenres peuvent être couverts pour tous les assurés sous le système public Medicaid, destiné aux plus modestes.
               "Nombreux sont ceux qui viennent aujourd'hui à la clinique pour des opérations qu'ils n'auraient jamais pu se permettre auparavant", témoigne Thomas Coughlin.
               Si de grands Etats comme New York ou la Californie ont fait de même ces dernières années, ce n'est toutefois pas le cas partout aux Etats-Unis.
               
               
               Comme avec Caitlyn Jenner -- championne olympique américaine de décathlon en 1976 lorsqu'elle s'appelait encore Bruce avant de devenir femme sous l'oeil de la téléréalité en 2015 --, les témoignages de célébrités ont aussi ouvert des portes. "Cela a un impact énorme sur la capacité des gens à s'accepter et des autres à les accepter", souligne le psychologue.
               Mais l'acceptation n'est pas la même partout. La Caroline du Nord a adopté en mars une loi imposant aux personnes transgenres d'utiliser les toilettes correspondant au sexe indiqué sur leur certificat de naissance. Si de nombreux artistes et grandes entreprises ont réagi en boycottant cet Etat du sud-est des Etats-Unis, il a aussi provoqué une surenchère de déclarations hostiles et des élus d'ailleurs.
               "Nous parlons avec nombre de mes patients de la peur que ce type de lois suscite chez eux, et de ce qu'elles peuvent vouloir dire pour leur avenir et leur faculté à se déplacer librement aux Etats-Unis", explique Thomas Coughlin. Lui et son épouse éviteront d'ailleurs cet été la Caroline du Nord, où ils séjournent chaque année chez ses beaux-parents, sa femme ayant décidé d'éviter un Etat "où je serai discriminé".
               "Il n'y a aucun précédent disant que les personnes transgenres représentent un danger dans les toilettes", souligne-t-il.
               "On crée une confusion en associant les personnes transgenres à des prédateurs sexuels or il y a une distinction claire qu'il va être très important d'établir: la question doit porter sur les hommes qui commettent des violences contre les femmes et non des femmes transgenres commettant des violences contre des femmes, car les femmes transgenres sont des femmes."
               Le débat des derniers mois et la bataille juridique opposant certains Etat à l'administration Obama ont aussi permis l'émergence de puissantes voix de soutien, avec un discours ému de la ministre de la Justice Loretta Lynch mi-mai.
               "Après tant d'années passées à vouloir simplement que l'on reconnaisse notre existence, entendre un haut responsable du gouvernement nous dire 'oui, nous vous voyons, nous sommes là pour vous et nous vous soutenons' a vraiment été quelque chose d'extraordinaire", confie Thomas Coughlin.