Angop - Agência de Notícias Angola Press

Une émission de télévision canalise l'indignation née de la crise

15.05.2013 - mer. : 09'13 - International

Espagne

MADRID - Lunettes fines, ton nasillard, sourire parfois ironique sous sa barbe, Jordi Evole n'a pas l'apparence d'une star mais il s'est transformé, avec son émission "Salvados", en l'une des voix les plus écoutées par des téléspectateurs espagnols en mal d'explications dans un pays en crise.               

"La situation que traverse l'Espagne pousse les citoyens à avoir non seulement plus envie de s'informer que jamais mais aussi de s'informer d'une façon différente", explique Jordi Evole, 38 ans, à l'AFP par téléphone depuis sa maison de production, El Terrat, installée à Barcelone, dans le nord-est de l'Espagne.               

Chaque dimanche soir, près de trois millions de téléspectateurs se rassemblent pour le suivre, vêtu en hiver de son inséparable trench militaire, alors qu'il se met en scène à l'écran tel un "citoyen lambda" interrogeant des experts, responsables politiques ou de simples particuliers sur des sujets de société.               

Ses questions, mi-candides mi-outrées, cristallisent l'indignation ébahie d'une société plongée dans la récession, où se succèdent les scandales de corruption éclaboussant jusqu'aux plus hautes sphères du pouvoir, monarchie et gouvernement inclus.               

Ses enquêtes touchent à la crise, portant par exemple sur les projets pharaoniques entrepris pendant le boom et aujourd'hui en déshérence, ou les coupes budgétaires qui frappent l'éducation, mais aussi des sujets plus larges: l'influence de la politique sur la justice, le grand nombre de conseillers nommés sans justification par les élus et payés sur les deniers publics ou encore les victimes "oubliées" de l'accident du métro de Valence en 2006, qui avait fait 43 morts.               

Des sujets ardus mais qui permettent pourtant à "Salvados" d'enregistrer parmi les meilleures audiences de cette tranche horaire et même, parfois, de talonner le grand film du dimanche soir. L'émission se situe immanquablement, pendant sa diffusion, parmi les sujets les plus débattus sur Twitter en Espagne.               

"Salvados parvient à canaliser le désenchantement de la population face à la crise et à ses institutions", analyse Fernando Cano, rédacteur en chef du journal en ligne spécialiste des médias PR Noticias. "Il aborde des sujets que d'autres médias n'osent pas traiter ou préfèrent ignorer."               

Lancé au départ avec un ton beaucoup plus léger, "Salvados" a vu son audience plus que doubler cette saison, jusqu'à 14,2% en moyenne, par rapport aux scores enregistrés à sa naissance en 2008 sur La Sexta, petite chaîne privée espagnole nettement marquée à gauche, absorbée récemment par la plus grande Antena 3 dans un nouveau groupe, Atresmedias.               

Aux débuts de l'émission, l'Espagne était aux portes de la crise, vivant encore dans le souvenir euphorique d'un boom économique qui avait porté la croissance du PIB jusqu'à près de 4% et réduit le chômage à un plancher historique (7,95%). Aujourd'hui, le pays, enfoncé dans la récession, affiche un chômage de 27,16%.